Les collègues de mathématiques questionnent de plus en plus l’intérêt de continuer à donner des devoirs maison aux élèves pour deux raisons principales :
La première est liée au constat qu’il est de plus en plus difficile d’amener les élèves à s’engager dans leur travail personnel (et encore plus hors la classe).
La seconde est liée à la démocratisation de l’accès aux aides, qu’elles soient humaines (développement des dispositifs d’aide dans les établissements et également avec des partenaires extérieurs comme les centres sociaux ou les cours particuliers), ou basées sur l’IA, avec les multiples possibilités offertes de plus en plus accessibles et performantes.
Pourtant, qu’il s’agisse d’approfondir, de réviser ou de remédier, le devoir maison reste une tâche incontournable pour faire monter les élèves en compétences.
Je vais donc, dans cet article, présenter des modalités motivantes pour les élèves comme pour les enseignants et envisager différents sens possibles à donner aux devoirs maison.
Les devoirs maison : comment motiver ?
Valoriser pour motiver
Commençons par développer l’idée que pour motiver les élèves, il faut VALORISER leur travail. Valoriser est ici utilisé dans son double sens, ie « donner ou faire prendre de la valeur ». Il s’agit en premier lieu d’évaluer le travail de l’élève pour qu’il sache situer son degré de maitrise mais cela ne signifie pas, pour autant, lui donner une note. Il est préférable de privilégier un positionnement par compétences qui renseignera davantage l’élève sur la nature de ses réussites et de ses difficultés. Puis, il est fondamental de montrer à l’élève en quoi son investissement dans un devoir maison lui permet de monter en compétences, de progresser. Pour y réussir, il est essentiel de lui donner du temps pour réaliser le travail et surtout la possibilité de l’améliorer. Pour donner envie aux élèves d’améliorer leur travail, on peut s’appuyer sur un levier intéressant qui consiste à « donner à voir leur travail » (soit à l’enseignant, soit aux autres élèves par l’intermédiaire d’une exposition dans la classe, sur un mur collaboratif ou à l’aide d’une visionneuse, selon les sujets traités). Pour ce qui concerne le temps à donner à l’élève pour réaliser un devoir maison, il est difficile de l’estimer précisément car cela dépend avant tout de la nature de la tâche à effectuer mais on peut penser qu’une période minimale d’une dizaine de jours soit nécessaire pour permettre l’accompagnement du travail.
Accompagner pour motiver
Voyons maintenant comment il est possible d’ACCOMPAGNER les élèves pour les motiver à s’investir dans le travail demandé.
L’accompagnement est d’abord réalisé en classe. Donner un devoir maison nécessite de démarrer par une présentation en classe du travail à réaliser, pour permettre au plus grand nombre d’élèves de comprendre ce qui est demandé, attendu et pouvoir décrypter ensemble les enjeux du travail demandé. Une fois l’amorce réalisée, il est important de continuer à soutenir le travail en proposant des aller-retours entre les élèves et l’enseignant pour accompagner l’avancée dans la tâche. Ces aller-retours peuvent être collectifs (à chaque début d’heure, sur la période donnée avant la date limite pour rendre le travail définitif, l’enseignant peut laisser un temps de questions/réponses pour traiter les difficultés rencontrées par un grand nombre d’élèves) ou individuels, quand l’élève a besoin d’un retour sur sa production en particulier (l’enseignant peut alors faire le point en fin de cours avec les élèves concernés, ou bien ramasser « leur brouillon » pour les annoter et ainsi aiguiller les élèves sur les amélioration à apporter). Pour les élèves dont le travail est satisfaisant, il est intéressant, en termes de motivation, d’accepter que le travail soit rendu aussi vite que voulu, sans attendre la date limite. Bon nombre d’élèves ont besoin d’être rassurés sur la validation de leur travail et pour ceux qui ont plus de difficultés, il est important qu’ils aient le temps nécessaire, avant la date limite, pour améliorer le travail, en fonction des retours de l’enseignant. Cela permet aussi à l’enseignant d’échelonner les corrections.
Puis, l’accompagnement peut aussi se poursuivre en dehors de la classe, en s’appuyant sur des dispositifs existants dans l’établissement comme « Devoirs faits » ou du tutorat entre élèves, par exemple. Dans ce cas, il est conseillé, pour les élèves les plus fragiles, de faire du lien entre l’enseignant et la personne aidante, en partageant le sujet du DM à réaliser ou en proposant des aides possibles.
Enfin, pour s’assurer que tous les élèves s’investissent réellement dans le travail en faisant « de leur mieux », il est possible d’organiser un dispositif de prise en charge des élèves qui n’ont, à la date limite, pas réalisé le travail ou qui l’ont réalisé de manière insatisfaisante. Pour exemple, au collège Marie Laurencin de Tarare, nous avons mis en place le dispositif « RTNF » (Rattrapage Travail Non Fait). Il s’agit d’accueillir les élèves qui n’ont pas fait ou qui ont mal fait leur travail, un soir de la semaine, au collège. L’heure est encadrée par des enseignants rémunérés dans le cadre du dispositif « Devoirs faits ». Le travail réalisé est alors remis au professeur qui a inscrit l’élève en RTNF et évalué, selon les aides apportées, dans le cas d’un devoir maison.
Expliciter pour motiver
De plus, il est primordial de faire alliance avec les élèves et les familles, en commençant par bien EXPLICITER LES OBJECTIFS du travail donné. Cette explicitation doit être faite dès le début de l’année aux élèves (lors de la présentation du premier devoir maison, par exemple), aux familles (lors des réunions de rentrée) et aux aidants. Mais il ne faut pas oublier de revenir régulièrement et tout au long de l’année sur ces objectifs, aussi bien auprès des élèves que des familles. Il s’agit par exemple, de discuter avec les élèves de ce qui est autorisé ou non lors d’un devoir maison, selon son contenu et les attentes, et en particulier de s’interroger sur la pertinence et la possibilité, laissée ou non, de s’aider de l’IA pour réaliser le travail demandé. A travers les échanges, l’élève doit être amené à comprendre l’intérêt de s’investir dans la tâche demandée pour progresser. Il doit savoir qu’il pourra lui être demandé de réinvestir ce qu’il a appris sur un travail donné en classe.
Adapter/varier pour motiver
Enfin, pour motiver, il est certainement aussi essentiel d’ADAPTER le travail demandé aux besoins des élèves (niveau, temps de réalisation, différenciation…) et de VARIER le type de tâches proposées (tracés géométriques, travail des automatismes, exercice de recherche, exposés sur la culture scientifique…), leur forme (à choix, concours, collaboratif, auto-correctif…) et les supports utilisés (papier, affiche, capsule audio/vidéo…). Il s’agit de donner envie autant aux élèves d’effectuer le travail, qu’à l’enseignant de le corriger. Pour cela, en plus de diversifier les attendus, il convient aussi d’anticiper les modalités de correction pour que le temps passé par l’enseignant à corriger les productions ne soit pas décourageant et que la tâche de correction ne soit pas trop monotone. Il faut également penser le travail donné, en veillant à ce que le temps de correction en classe, avec les élèves, ne soit pas non plus trop chronophage. Les changements de forme du travail donné, la différenciation des énoncés, la place donnée à la créativité des élèves sont autant de facteurs déclenchant l’intérêt pour l’élève comme pour l’enseignant.
Les devoirs maisons : Pour quoi faire ?
En premier lieu, les devoirs maisons répondent à différents besoins : approfondir une notion, faire réviser l’élève en contribuant à la spiralisation des enseignements, participer à la remédiation… Quelle que soit la priorité donnée par l’enseignant, comme nous l’avons déjà dit, les devoirs maison doivent servir à faire monter les élèves en compétences.
De plus, les devoirs maison jouent un rôle important pour dynamiser l’image des mathématiques. En proposant des sujets diversifiés, motivants, créatifs et en évitant de refaire faire à tous les élèves un énième exercice identique (que certains savent faire depuis longtemps et d’autres toujours pas…), on ouvre les possibles, en permettant aux élèves de pratiquer les mathématiques dans un temps moins contraint que celui du temps de classe.
Ainsi, les devoirs maisons contribuent à mettre en place un fonctionnement propice pour créer du lien entre le travail personnel dans et hors la classe, dans la pratique quotidienne des mathématiques. Le fonctionnement mis en place pour les devoirs maison, basé sur la valorisation, l’accompagnement, l’explicitation des objectifs, l’adaptation et la variété, doit pouvoir s’étendre à l’ensemble des activités mathématiques et, ainsi, permettre à l’élève de mieux s’engager. A travers un cadre rassurant pour les devoirs maison, on instaure ainsi un état d’esprit face au travail personnel et à l’activité mathématique. Avec une place particulière donnée à l’erreur (passage par un retour sur brouillon de l’élève dans les DM, par exemple), on contribue à affirmer l’importance et le droit de se tromper dans l’activité mathématique. Les devoirs maison sont aussi une porte d’entrée privilégiée pour que l’enseignant soit dans une posture d’accompagnement au quotidien et que les élèves apprennent à s’en emparer, en comprenant l’importance de faire alliance pour se donner toutes les chances de progresser.
Quelques exemples
Devoir maison « créativité » : concours d’œuvre d’art géométrique en 6e (Concours d’œuvre d’art géométrique 6e, DM Noel 2, DM Noel 3)
Devoir maison « différenciation » : Sur le calcul littéral en 3e (DM calcul litt différencié en PJ), sur Thalès et Pythagore en 3e (DM révision thales pyth différencié en PJ) et 5e (DEVOIR MAISON 5ème exercices à choix en PJ)
Devoir maison « raisonnement commenté à l’oral » : sur les angles en 5e (DEVOIR MAISON 5ème exercices à choix en PJ) et lien : sur le site académique des mathématiques : https://maths.enseigne.ac-lyon.fr/spip/spip.php?article923&lang=fr
Devoir maison « problem posing » : Sur Pythagore en 3e
Autres idées possibles :
- Faire rédiger ou terminer un exercice travaillé en classe (utilisation intéressante de la visionneuse)
- Faire travailler sur des exerciseurs type « MathALÉA ; Labomep ; WIMS »
- Faire travailler la correction d’une évaluation pour les élèves qui doivent retravailler certains points (en proposant des exercices similaires par exemple) et un exercice de recherche aux autres élèves
- Proposer des DM axés culture mathématique (présenter un article scientifique, des portraits de femmes en sciences…) mais penser à étaler les présentations sur un temps long…
